
À l’occasion de la Semaine nationale du Rein, Lara Meyer, néphrologue du CHU de Montpellier, nous partage les enjeux actuels de prévention et d’organisation du suivi des maladies rénales chroniques.

Si l’on considère que les deux premières causes d’insuffisance rénale restent l’hypertension artérielle et le diabète, la prévention se joue donc d’abord auprès du dépistage et de la prise en charge de ces deux pathologies silencieuses.
Mieux prendre en charge l’hypertension et le diabète au quotidien est déjà un axe majeur de prévention de la maladie rénale chronique.
En cas d’hypertension artérielle et/ou de diabète dont la prise en charge repose en première ligne sur nos collègues généralistes, une information et une sensibilisation régulière sur le risque de maladie rénale chronique chez ces patients est un autre axe essentiel de prévention.
Il serait probablement pertinent d’organiser des journées d’échange avec nos correspondants généralistes afin de reprendre les grands principes de l’insuffisance rénale : épidémiologie, évolution, quand chez qui et comment la dépister et quand nous adresser leurs patients.
En effet, un DFG (débit de filtration glomérulaire, marqueur important de la fonction rénale) à 60ml/min à 30 ans n’a pas la même signification qu’un DFG à 50 ou 60ml/min à 70 ans. Tous les chiffres ne nécessitent pas la même inquiétude.
Il faut aussi rappeler les points de vigilance d’une part comme une élévation de la créatinine ou la présence d’une protéinurie qui doivent alerter nos confrères et d’autre part les règles de néphroprotection et donc de prévention de la maladie rénale chronique comme le contrôle strict des facteurs de risque cardiovasculaires.
Tous les patients ne sont pas identiques. Un patient en MRC stade 3, 4 ou 5 peut nécessiter un suivi plus rapproché s’il présente des facteurs de progression mal contrôlés : une protéinurie persistante, une tension artérielle mal équilibrée ou un diabète instable.
Dans ces situations, il est important de les revoir plus régulièrement, le temps d’ajuster les traitements et de stabiliser les paramètres. Une fois les facteurs maîtrisés, on peut espacer les consultations.
Certains patients en MRC avancée (stade 4 ou 5) ne nécessitent pas d’être vus plus de deux fois par an du fait d’un bon équilibre de leur diabète, d’une pression artérielle et/ou d’une protéinurie contrôlée(s). Même si leur DFG est bas, ils ne présentent pas de facteur actif de progression.
Un suivi pertinent, c’est adapter la fréquence des consultations en fonction de la rapidité d’évolution et/ou de la présence de facteur de progression incontrôlé.
C’est aussi informer les patients sur ce qui peut aggraver la maladie rénale, comme la prise d’anti-inflammatoires. Nous avons tous des situations où un patient revient avec une créatinine dégradée après un traitement prescrit pour un autre problème. Cela montre l’importance d’informer également les autres praticiens impliqués dans la prise en charge de ces patients souvent polypathologiques.
En effet, un patient atteint de maladie rénale chronique est souvent suivi par plusieurs spécialistes : généraliste, diabétologue, cardiologue. Il est essentiel que l’information circule et que les points de vigilance soient partagés.
Il faut tenir compte de la situation de vie du patient.
Je réalise régulièrement des téléconsultations, notamment pour des patients âgés, très stables, vivant loin du CHU. Leur imposer plusieurs heures de transport pour leur dire que tout est stable n’est pas toujours pertinent.
Dans ce contexte, des solutions comme NephroWise sont très adaptées. Elles nous permettent d’avoir accès aux données cliniques et biologiques nécessaires pour réaliser une consultation à distance dans de bonnes conditions.
On peut ainsi disposer en amont des résultats, suivre l’évolution des paramètres, et organiser la consultation de manière efficace, sans déplacement inutile.
Bien sûr, si un patient ne va pas bien, on privilégie le présentiel. Il ne faut pas être dogmatique. L’important est d’adapter le suivi aux besoins médicaux et à la réalité du patient.
La Semaine du Rein est importante, notamment lorsqu’elle s’accompagne d’actions de dépistage simples : une mesure de la pression artérielle, une bandelette urinaire, un dosage de la créatinine.
Ces examens peuvent être réalisés facilement en cabinet et permettent d’identifier des patients atteints de maladie rénale chronique qui ne seraient pas encore diagnostiqués.
Il serait utile d’élargir ces messages à l’ensemble de la communauté médicale, en particulier à nos collègues généralistes. Les néphrologues sont par définition sensibilisés ; l’enjeu est de renforcer l’information auprès de ceux qui suivent ces patients au quotidien.
Informer et rappeler quand dépister : c’est ainsi que l’on améliore concrètement la prévention.

March 30, 2026

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